« L'IA va me remplacer. » On entend cette peur partout. Pourtant l'IA ne remplace pas : elle déplace, transforme, repositionne.
Le risque de perdre son travail à cause de l'IA vient moins de l'IA elle-même que de notre incapacité à nous remettre en question et à identifier notre nouveau rôle. Ce que nous devons produire ne change pas, c'est la manière de le faire qui change. Je l'ai appris au cours de ma carrière et cela m'a pris des années, parce que j'ai défriché sans carte. Vous, vous héritez du chemin : quelques mois devraient suffire.
Passionné de hi-tech depuis mon plus jeune âge, je me souviens encore de la première explosion des chatbots AIML en local (l'ancêtre du LLM) et des premières publications que j'ai lues sur les balbutiements du deep learning.
Cherchant alors encore ma voie, je jouais déjà les apprentis développeurs via HTML et PHP sans même savoir que c'était un vrai métier. Ce n'est que deux ans plus tard que le monde du dev se révélerait à moi avec tous les challenges qu'il promettait.
Débutant ma carrière au Japon dans une petite PME comme junior dev, je conservais en tête l'histoire que m'avaient répétée mes profs à propos du bûcheron qui devait garder sa hache aiguisée. J'organisais ma veille technologique autant par curiosité que par intérêt professionnel. J'exultais devant les nouveaux frameworks PHP et les micro-révolutions en JavaScript, et ce qu'ils promettaient. Expérimentant et proposant de nouveaux outils et approches à chaque nouveau projet, je m'étais retrouvé tech lead puis team lead et étais en charge de former les nouveaux employés et de concevoir les projets entrants.
Mon travail étant passé d'écrire du code à revoir le code produit par d'autres, je n'avais pas le temps de me pencher sur les points qui me mettaient en difficulté, et la partie passionnante de mon travail était alors assignée à d'autres. Je traînais les pieds en allant au travail. Mais c'est là qu'est arrivé celui qui deviendrait un de mes plus fidèles collaborateurs : GPT-3. Avec GPT, la revue de syntaxe et la recherche de bugs étaient devenues presque instantanées, je me libérais d'une des plus grosses charges de travail et pouvais à nouveau mettre les mains dans le moteur.
Avec GPT et Codeium, le seul équivalent disponible à l'époque sur mon outil de dev, j'étais capable de diriger du code en quelques mots dans un commentaire. Je pouvais réécrire en un après-midi ce qui m'avait pris plusieurs jours à faire, mais en plus propre, plus court et fiable. Je voyais mes délais de livraison divisés par deux, me donnant l'impression de m'envoler. GPT était aussi devenu mon mentor. Capable de trouver les informations que je cherchais immédiatement dans des pages de documentation, il me permettait aussi de synthétiser, reformuler, réexpliquer, tout ça avec une patience infinie. En quelques mois, j'avais plus progressé qu'au cours des cinq années précédentes.
Ma charge de travail pénible s'allégeait à chaque nouvelle version. Les chiffres parlaient d'eux-mêmes : il avait fallu 14 mois pour sortir un produit avec 5 personnes. La version deux, qui nécessitait une réécriture complète, plus ambitieuse et complète, n'avait nécessité que 7 mois et 3 développeurs. Vente et succès immédiat. L'avantage de l'IA était indiscutable, écrasant. Mais à la fin de cette période d'incrédulité, la vraie révélation se fit : l'IA était déjà meilleure que moi. Guidée, certes, pas encore autonome, mais cette limite ne pouvait être que temporaire. Je devais me rendre à l'évidence : je n'écrivais presque plus de code, je supervisais, je dirigeais. La revue de code était assistée, le codage était assisté, j'étais devenu l'assistant de mon assistant.
J'entrais alors dans mon premier congé paternité. Avec la joie et la charge de mon premier enfant, il devenait dur de dégager du temps pour coder, je lançais des idées et GPT, alors dans sa version 4, exécutait. Je guidais non plus du code, mais un projet. J'étais devenu, malgré moi, project manager. Après des mois à chercher un nouveau rôle de dev (et une bonne phase de déni), je me suis décidé à devenir PM. Adieu l'IT, bonjour PM.
Ce métier m'effrayait. Devoir créer des specs, des protos, écrire des manuels interminables... En entrant en fonction, je découvrais que tout ça, l'IA en était capable bien mieux que moi. Que me restait-il à faire ? Le cœur du métier : comprendre les besoins, tisser un concept, esquisser une solution. Je n'étais plus une machine à écrire, j'étais (re)devenu une machine à penser.
Aujourd'hui, en 2026, j'ai abandonné le combat contre l'IA. Elle est meilleure que moi en codage. C'est un fait. Et c'est là que les gens font généralement l'erreur de s'arrêter. Est-ce là tout ce qui me définit ? Être un simple outil de codage ? Et si je n'étais cet outil que parce que LE goulot d'étranglement qui ralentit tous les projets est justement l'écriture du code ? Ce n'est pas parce qu'une tâche représente 90 % de votre travail que cette tâche définit votre travail. Si on enlève le codage, il reste tout le reste : identifier le vrai problème, choisir l'approche et les technologies adaptées, concevoir l'architecture, trancher une myriade de micro-décisions, imaginer des améliorations et de nouvelles fonctionnalités que le client croyait tout simplement impossibles...
Au final, c'est ici que se trouve ma vraie valeur. Que brille mon expertise. Aujourd'hui, je suis un PM accompli, épanoui dans mon travail, et j'aime la conception et les challenges qu'il m'offre. Toutes les tâches sans importance et chronophages, ce sont mes agents qui s'en occupent ; moi, je décide. Et c'est plusieurs années de déni, de lutte intérieure que je vous livre, en espérant vous économiser le prix du billet sur ce voyage. Lutter ne sert à rien, car l'IA, qu'on le veuille ou non, est là, et a déjà commencé le changement. Au lieu d'essayer d'arrêter le progrès, tâchez de (re)trouver la valeur que vous apportez à votre entreprise. Ensemble, tâchons d'alléger tout ce qui ne nécessite pas votre expertise et cherchons à vous recentrer sur ce qui compte réellement.