N'avez-vous pas déjà reçu des réponses à une question telle que "Claude dit" suivi d'un jargon technique digne d'un startupper de la Silicon Valley ? Cela m'est arrivé, et ma première réaction a été "Merci, mais demander à Claude je sais aussi le faire".
Il y a désormais un nom pour ça. Je suis tombé sur un article de Niklas Göhring qui introduit le concept de "Meat Proxy".
Par là il entend les personnes qui relaient et se reposent purement sur Claude, sans prendre la peine de se questionner, ni même d'y apporter une réflexion. Ils ne rédigent donc pas et, sans doute, ne savent-ils même pas le contenu de ce qu'ils transmettent. Leur seule valeur devient alors l'acte physique, quoique aujourd'hui parfaitement remplaçable, de copier et coller.
Lire l'IA est fatigant, c'est indiscutable. Je passe mes journées à me battre pour lui faire lâcher ses tirets cadratins et simplifier son vocabulaire, sans pour autant le transformer en radis. L'équilibre est d'autant plus difficile que chacun a ses préférences. Le jargon ultra technique ne me dérange pas, lorsque c'est un domaine que je maîtrise, mais dès qu'il sort de ma zone de confort, je me retrouve perdu.
Je comprends la tentation. Pourquoi rédiger quand Claude a toute la doc ? Sauf que je l'ai fait, et rien ne m'a plus frustré que de passer vingt minutes à lui faire dire un truc que j'aurais écrit en cinq.
L'IA est capable de compiler les informations en listes digestes, de fournir des détails lorsque c'est nécessaire. Mais il y a fort à parier qu'elle ne possède pas autant d'informations que vous sur votre interlocuteur. Le contexte, il faut forcément le nourrir au début ou en cours de session ; les détails de votre interlocuteur, eux, font partie de ces milliers d'informations subliminales que nous accumulons inconsciemment chaque jour.
David Brooks le disait : quand l'intelligence devient abondante, c'est la volonté qui prend de la valeur. Notre valeur n'est plus de posséder l'information, c'est d'être capable de la transmettre, en sachant ce qui mérite d'être dit, ou non. Ce qui peut s'avérer utile, est nécessaire ou superflu. Personne ne doute de la qualité de la réponse de Claude, mais au même titre qu'une encyclopédie est très intéressante, on n'a pas besoin de différencier les nuages lorsque l'on demande la température. C'est votre filtre personnel et votre jugement à ne livrer que ce qui est nécessaire qui prennent de la valeur.
Ce filtre ne protège d'ailleurs pas que votre valeur. Greg Brockman (co-fondateur de OpenAI) a soulevé un point qui va dans le même sens. De nombreux employés connectaient GPT à leur Slack et utilisaient ce système automatisé pour demander de l'aide à leurs collègues afin d'accomplir certaines tâches. Alors qu'en temps normal, ils auraient accompli ces tâches sans hésitation, ils relevaient une augmentation du mécontentement général.
Il conclut en disant que l'on sous-estime grandement l'importance du contact humain dans les relations d'entraide. Et qu'il faut éviter de rajouter des couches nous séparant.
Alors la prochaine fois que vous vous apprêtez à répondre "Claude dit", relisez, coupez, tranchez. Le gratte-papier d'hier avait au moins un mérite : il lisait ce qu'il recopiait.
Ne devenez pas un vulgaire "meat proxy".